Circulation illicite d’armes à feu: Le Sénégal se met à l’épreuve

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Des pays de la région sahélienne tels que le Mali, le Burkina Faso et le Niger, sont en proie à des violences terroristes qui riment avec la circulation des armes légères qui tombent entre les mains de détenteurs illicites. A cela s’ajoute l’instabilité de certains Etats comme la Guinée-Bissau.

Le Sénégal, bien que jusque-là épargné d’attaques terroristes, a des soucis à se faire, surtout avec la porosité des frontières qui fait que beaucoup d’adeptes de pratiques malsaines optent pour des pistes qui échappent au contrôle des Forces de défense et de sécurité. D’ailleurs, selon une étude, la majorité des armes circulant au Sénégal provient de la sous-région. Conséquence, des braquages, des attaques à main armée et des agressions sont récurrents dans les grands centres urbains, mais aussi dans les zones frontalières, y compris dans le sud du pays ; en attestent des chiffres du Mouvement contre la prolifération des armes légères en Afrique de l’Ouest (Malao).

Dans son monitoring des violences en 2018, le Malao a répertorié 42 incidents liés aux crimes et délits avec usage d’armes. Il note aussi un retour d’attaques attribuées aux combattants du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc). De même, la législation sur la détention d’arme à feu peine également à être appliquée. Pendant ce temps, le rapport de Small arms survey révèle que 11 millions d’armes sont détenues par des civils en Afrique de l’Ouest.

Une note d’analyse sur «Le contrôle des Armes légères et de petit calibre (Alpc) au Sénégal pratiques et enjeux», réalisée par Cyril Lambolez du Groupe de recherches et d’informations sur la paix et la sécurité datée du 25 mai 2016 révèle que la majorité des armes circulant au Sénégal provient de la sous-région. Des armes de calibre militaire et des armes artisanales sont notamment introduites, depuis des pays frontaliers notamment la Guinée-Bissau et la Guinée, signale le document. Et de préciser que des États étrangers ont parfois été impliqués dans des transferts illégaux à destination des combattants du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc). Cependant, lit-on dans le document, le trafic d’armes est surtout le fait d’une criminalité transnationale organisée ainsi que de marchands, éleveurs, pêcheurs et réfugiés. En général, fait remarquer l’auteur du rapport, il ne s’agit pas d’un trafic de grande ampleur, seules quelques armes sont introduites lors du franchissement d’une frontière. Ce trafic est facilité par l’instabilité sociopolitique que connaissent ou qu’ont connu les pays frontaliers ainsi que par les limites actuelles du contrôle des frontières. On observe également quelques cas de transformation de pistolets en armes létale. Enfin, il existe une fabrication clandestine d’armes artisanales de chasse notamment en Casamance, indique la source.

MEDINA GOUNASS, TOUBA ET DIAOBE, DES MARCHES… D’ARMES

Les agglomérations de Médina Gounass, Touba et Diaobé sont des lieux identifiés comme connaissant une importante circulation d’armes, particulièrement lors des cérémonies religieuses ou des marchés hebdomadaires. En effet, l’analyse montre que le marché «Ocass» de Touba est notamment signalé comme un des principaux marchés d’armes connus au Sénégal où il est possible d’acheter différents types d’armes et de munitions. Actuellement, la montée de l’extrémisme violent dans le Sahel démontre que des armes à feu sont de plus en plus entre les mains de détenteurs illégaux. Des pays de l’Afrique de l’Ouest comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont en proie à des groupes terroristes. Le Sénégal est jusque-là épargné, mais reste entouré d’une ceinture de feu. Une situation qui, mêlée à la fabrication d’armes artisanales, montre qu’il y a des inquiétudes à se faire.

Des phénomènes tels que des vols à main armée et autres actes de violences sont fréquemment déplorés dans le pays. Des attaques enregistrées aussi, cette année 2019, montrent que les armes sont utilisées à des fins illicites. La preuve, Abdou Elinkine Diatta, désigné secrétaire général du Mfdc en 2017, a été tué lors d’une attaque armée perpétrée pendant une cérémonie d’intronisation d’un roi traditionnel à Mlomp, son village natal. Dans la nuit 25 juillet 2019, c’est le commandant de la brigade de Gendarmerie de Koumpentoum, Tamsir Sané, qui a succombé à ses blessures par balles reçues suite à une intervention avec ses hommes pour empêcher le braquage du bureau de la Postefinances de cette localité. Un tir des malfaiteurs lui a été fatal.

4500 CARTOUCHES D’AK-47 DEROBEES DE LA BASE MILITAIRE DE OUAKAM

A part ces cas, qui ont occupé le devant de l’actualité, des attaques avec usage d’armes à feu dont des braquages, des vols à main armée sont notés régulièrement. Soit les malfaiteurs sont pris ; soit ils réussissent à passer entre les mailles des filets des Forces de défense et de sécurité. Mais, pour l’essentiel, des auteurs et gangs finissent toujours par être mis hors état de nuire, même si d’autres souvent naissent avec des fois comme cerveau des éléments qui parviennent à s’échapper lors du démentiellement de leurs groupes. Les auteurs de ces attaques sont des détenteurs d’armes à feu qui n’en non pas le droit.

Dans la soirée du dimanche 17 au lundi 18 novembre 2019, après le Gamou de Ndiassane, un gang s’est attaqué du foirail de ladite localité, emportant de l’argent estimé à 6 millions F CFA et appartenant à des éleveurs. Ceci après avoir tenté de dévaliser une agence micro finance, sans succès. En plus des attaques perpétrées, c’est aussi la circulation de minutions détournées qui est une source d’inquiétudes. Au total, 4500 cartouches d’AK-47 dérobées de l’armurerie de la base militaire de Ouakam ont été saisies, dans la nuit du 26 au 27 octobre, à Pire. Quelques jours plus tard, 750 munitions appartenant à l’Armée ont été saisies à Pékesse. La liste est loin d’être exhaustive avec ces faits enregistrés en 2019, il y a pourtant eu des précédents avec des braquages et autres actes de violence notés en 2018, et même avant.

42 CAS DE VIOLENCES LIEES AUX ARMES RECENSES, EN 2018

En 2018, le Mouvement contre les armes légères en Afrique de l’ouest (Malao) a recensé 42 cas de violences liées aux armes légères et de petits calibres (Alpc) ou d’armes blanches. Des attaques qui se répartissent, entre autres, en 17 braquages, 9 attaques à main armée, 4 agressions violentes, 3 incidents attribuées aux combattants du Mfdc, 2 meurtres ou tentatives de meurtre, 2 cas de suicide ou de tentative de suicide. Selon le document, les victimes de braquages sont beaucoup plus importantes dans la région de Thiès, avec 23 cas.

Elle est suivie de la région de Ziguinchor où 10 personnes ont été ciblées par les malfaiteurs. La région de Kolda suit, avec 5 cas. A Kédougou, il y a eu 4 braquages en 2018. Aussi 3 cas ont été recensés à Kaffrine et 1 à Diourbel. Une analyse de ces braquages montre que les agresseurs font fréquemment usage d’armes légères et de petits calibres. Dans les régions de Thiès et Dakar, les braquages se font généralement la nuit. Ce sont principalement des agences bancaires ou des mutuelles de crédit qui sont ciblées, mais aussi des boites de nuit.

Les attaques à main armée, quant à elles, se font le plus sur les axes frontaliers, relève le Malao. Ces attaques ont fait de nombreuses victimes, plus d’une quarantaine. Aussi, elles ont été très mortelles, avec plus d’une dizaine de morts signalés. Les Alpc sont les principales armes utilisées dans ce type de violences armées. La plupart de ces attaques se sont produites dans la zone frontalière au Sud du pays notamment dans les régions de Ziguinchor et Sédhiou.

Dakar actu