Crise de l’école sénégalaise : Les véritables raisons de Wade à Macky

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SENKABARU – L’école sénégalaise dans le creux de la vague. Des grèves tous azimuts. Baisse constante et récurrentes du taux de réussite aux examens et concours. Années académiques souvent hypothéquées. Des années aussi qui se chevauchent. Les maux qui gangrènent le système éducatif sénégalais depuis plusieurs années sont loin d’être exhaustifs. Le secteur de l’éducation au Sénégal est tenaillé par le marteau de l’Etat et l’enclume des enseignants. PressAfrik passe au laser cette crise endémique ponctuée de grèves répétées. De Abdoulaye Wade à Macky Sall, les pouvoirs se succèdent mais les revendications semblent identiques. Elles tournent essentiellement, autour de l’amélioration des conditions de vie et de travail. Les gouvernements successifs sont accusés de signer des accords qu’ils ne respectent jamais. Ce qui serait le principal motif de crispation des enseignants.

L’école sénégalaise est actuellement en proie à un mouvement d’humeur quasiment sans précédent. Depuis le début de l’année scolaire en octobre dernier, les cours sont sérieusement perturbés par des débrayages et des mots d’ordre de grève. Le Saemss et le Cusems, les deux syndicats les plus représentatifs du moyen-secondaire observent une grève depuis deux mois. Ils réclament principalement le respect des accords signés en 2018 mais aussi la correction du système de rémunération des agents de la Fonction publique.

Cependant, un flash-back jusqu’en 2009, sous le magistère du Président Abdoulaye Wade rappelle les revendications des syndicats enseignants de l’époque. Elles concernaient la mise en solde d’enseignants, le paiement de rappels (avancement, validation, intégration, primes et indemnités), le traitement de projets d’actes à travers des guichets uniques, d’octroi d’indemnité.

Macky Sall renie ses promesses

Le Président Macky Sall a certes, hérité d’un secteur de l’éducation en difficulté mais n’a toutefois pas fait grand-chose. Il n’a pas simplement respecté les promesses faites aux enseignants au début de sa magistrature. En discussion avec les syndicats d’enseignant de 2012 à 2014, ce n’est qu’à l’issue de ces discussions que le gouvernement a signé des accords avec les syndicats du secteur de l’éducation.

Signés le 17 février 2014, les accords avec les syndicats d’enseignants ont commencé à être mis en œuvre à partir de 2015. Les six principaux syndicats du secteur de l’éducation, réunis dans un cadre appelé G6, avaient ainsi finalisé avec l’ancien Premier ministre, Mahammad Boun Abdallah Dionne, un accord permettant notamment une augmentation de l’indemnité de logement.

En revanche, la question de l’indemnité de logement reste toujours le point d’achoppement. Le gouvernement a accepté de faire passer l’indemnité de 60 mille à 75 mille, soit une augmentation de 15 000 F Cfa. Une somme que les syndicalistes trouvent toujours dérisoire. Autres points, c’est la question des passerelles, les lenteurs administratives, le paiement des rappels.

La non-application du protocole d’accord, principale pomme de discorde

Le Saemss et le Cusems ont toujours dénoncé «l’immobilisme» du gouvernement pour trouver une solution aux disparités dans le système de rémunération dans la Fonction publique. Une étude commanditée par le gouvernement avait d’ailleurs mis à nu cette iniquité. Lors d’une conférence de presse tenue en décembre, le Secrétaire général du Saemss, Saourou Sène avait dénoncé : «après avoir reconnu le caractère inéquitable du système de rémunération de la Fonction publique du Sénégal, décrié depuis fort longtemps par les syndicats, en raison des nombreuses iniquités fondées sur des indemnités faramineuses octroyées aux autres corps à l’exception des enseignants, le gouvernement avait pris l’engagement d’apporter des correctifs. Mais que nenni. Trois ans après la signature du protocole, aucune réponse structurelle n’a été apportée à cette vieille doléance qui cristallise l’espoir de tous les enseignants du Sénégal».

L’année 2022 a démarré avec des perturbations dans les écoles. Le Saemss et le Cusems ont, ainsi, décidé d’aller ensemble pour le respect des accords signés avec le gouvernement en 2018. Les syndicats ont commencé par des grève et débrayages. Il s’en est suivi la grande marche nationale des enseignants du Sénégal à Thiès, dans la semaine du 10 au 15 janvier.

Les élèves dans la rue pour exiger le retour des enseignants dans les classes

L’inertie de l’État face aux nombreuses perturbations du système éducatif a poussé les élèves de plusieurs établissements moyens et secondaires à sortir dans la rue. Depuis mercredi, une marche nationale à Mbour, Kaolack, Mbacké et Dakar pour exiger le retour de leurs professeurs dans les classes. Ils ne manquent pas aussi l’occasion de sortir leurs camarades des écoles privées pour qu’ils soient tous sur le pied par rapport aux déficit du quantum horaire et les retards sur le programme scolaire.

L’Etat va-t-il continuer de faire la sourde oreille alors que l’avenir d’une bonne partie des enfants est en jeu.