DE BÉBÉ EXPULSÉ DE MAURITANIE À NOUVELLE CITOYENNE SÉNÉGALAISE…

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SENKABARU – Née en 1988, en Mauritanie, Dally Sow a fêté son premier anniversaire, au Sénégal. C’est bébé qu’elle a quitté son pays d’origine en catastrophe lors du conflit sénégalo-mauritanien, en 1989. Ce mercredi 29 décembre est un jour particulier pour elle. Elle est désormais naturalisée sénégalaise.

Elle a reçu son décret de naturalisation, faisant d’elle une citoyenne sénégalaise à part entière. Parmi les premiers récipiendaires, sur un total de 51 réfugiés concernés, elle a été la première à être appelée pour recevoir le précieux document des mains de la représentante Multi-pays du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) au Sénégal, Monique Ekoko. En robe thioub (tissu) et foulard jaune, elle s’est avancée vers le pupitre avec la solennité qui sied.

En revanche, elle devra attendre la remise du certificat de nationalité sénégalaise, qui sera la prochaine étape, dans le cadre de la procédure, pour jouir pleinement de ses devoirs de citoyenne. Pour ce faire, elle devra se rendre au Tribunal pour en disposer. Par ailleurs, forclose pour les locales du 23 janvier 2022, elle devra attendre les prochaines révisions sur les listes électorales pour s’inscrire pour pouvoir voter.

Pour l’heure, Dally Sow n’en a cure. Elle retient plus qu’elle n’est plus apatride. Son soulagement est perceptible, bien que la procédure ait été longue, pour quelqu’un qui ne connait que le Sénégal.

Calvaire

« J’ai grandi au Sénégal, j’y ai fêté mon premier anniversaire. Marié au Sénégal, et j’ai eu des enfants, au Sénégal. Je travaille au Sénégal », confirme l’agent de santé qui n’a pas souhaité baisser son masque même lors de l’entretien. « Je n’enlève pas mon masque », lâche-t-elle, catégorique.

Si aujourd’hui, sa situation est réglée, Dally Sow a vécu un véritable calvaire avant. « C’était très difficile, confie-t-elle. Trente ans durant, je suis au Sénégal, avec les papiers de statut de réfugié, c’est très difficile, aussi bien au niveau social, travail et même financier. Même pour accéder aux banques, c’est difficile. Mes enfants, qui sont nés ici, sont sénégalais. Moi-même, je ne suis pas perçue comme une étrangère. Sauf que je ne disposais pas de papiers. »

Mais, « à partir de l’année dernière, on a vu que les problèmes étaient en train de se résoudre petit à petit, avec l’aide des autorités sénégalaises et du HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, basé à Genève). Aujourd’hui, tout est réglé », exulte-t-elle, ne boudant pas son plaisir.

« Je peine à trouver les mots tellement je suis contente. Si je pouvais, j’allais montrer ma pièce d’identité, tout de suite. On avait même des problèmes pour les déplacements, à l’intérieur du Sénégal même. Il y a des parties où si tu présentes ta carte de réfugié, on te dit qu’elle ne remplace pas la pièce d’identité. Je ne parle même pas de traverser la frontière. Je n’avais pas tous les droits mais aujourd’hui, je pense profiter des mêmes droits et devoirs que tous les Sénégalais », dit-elle, très émue.

De la crise sénégalo-mauritanienne, elle ne retient que ce que ses parents lui ont raconté du douloureux événement. Par exemple, elle ne garde aucun souvenir de la déportation de certains membres de sa famille. « Mes parents m’ont raconté qu’on a été mis dans des véhicules qui nous ont transportés jusqu’à la frontière. Le gouvernement mauritanien avait décidé de nous ramener au Sénégal, disant que nous sommes des Sénégalais. D’après mes parents, ma famille et moi étions passés par Madina Ndiathbé (une commune limitée au Nord par le fleuve Sénégal et la Mauritanie). Une autre partie de la famille était à Bakel. On s’y est tous finalement établis. Depuis lors, on n’a pas quitté Bakel », relate-t-elle.

Emedia