Enseignement : ‘’Cette génération d’élèves est sacrifiée’’ (Dame Mbodj, Sg Cusems Authentique)

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Le secrétaire général du Cusems/Authentique a maintenu ses propos qu’il a développés dans la gestion de l’école pendant la pandémie. D’avis que le gouvernement n’a pas pris les bonnes décisions pour la gestion de l’année scolaire, il a évoqué dans cet entretien ce qui va fortement impacter le taux de réussite qui est de plus de 50% pour la première fois de l’histoire. Ce qui signifie pour lui que les grèves, la fermeture des établissements durant 3 mois n’ont pas eu d’incidences sur le système d’enseignement. Occasion qu’il a saisie pour évoquer le malentendu avec son collègue Saourou Sène, Secrétaire général du Saemss. Entretien…

Dakaractu : M. Dame Mbodj, vous êtes le Secrétaire général du Cusems/Authentique. Nous vous avons entendu manifester votre désaccord concernant la volonté de l’État de tenir les examens. Finalement, ils ont eu lieu. Après un recul n’avez-vous pas le sentiment d’avoir fait une fausse alerte ?

DAME MBODJ : Je n’ai aucunement le sentiment d’avoir fait une fausse alerte car je continue à porter en bandoulière toutes les positions que j’ai eues à développer sur l’école pendant cette pandémie. Au contraire, aujourd’hui, c’est avec un cœur meurtri que j’observe toutes les mesures regrettables, sans aucune logique scientifique ou pédagogique, égrenées çà et là dans le secteur de l’éducation et de la formation depuis le 16 Mars 2020, date de la fermeture des écoles. D’abord, il convient de préciser que je n’ai jamais été contre l’organisation des examens. Mais plutôt contre les dates trop rapprochées qui étaient fixées et qui ne permettaient pas de rattraper tout le temps perdu et de terminer convenablement les enseignements apprentissages. Pour rappel, j’avais, dès le 12 avril (2020), fait une proposition publiée intégralement par plusieurs journaux et sites dont Dakaractu, dans laquelle je préconisais une reprise en deux temps à partir du 21 avril, avec l’éclatement des classes d’examen en groupes de 20 élèves afin de pouvoir respecter les mesures barrières et la distanciation physique. À l’époque le ministère de l’Education nationale avait rejeté catégoriquement ma proposition sans aucune autre forme de procès. Pourtant, actuellement c’est exactement ce que j’avais proposé et que je leur avais transmis par courriel qu’ils sont en train de mettre en œuvre avec beaucoup d’errements et d’amateurisme. Mon intime conviction est que l’année scolaire devrait être prolongée jusqu’en fin novembre. Et ensuite tenir tous les examens en décembre. À cet effet, les classes intermédiaires ne seraient pas laissées en rade mais reprendraient les cours à un moment jugé propice dans la période indiquée. Malheureusement, le gouvernement en a décidé autrement. Et c’est la raison pour laquelle je réitère que déclarer l’année blanche était de très loin meilleure que ce qu’ils ont fait. Car, la plupart des élèves vont passer en classe supérieure sans avoir le niveau requis.

À ce jour, le Baccalauréat est derrière nous. Il en est ressorti d’excellents résultats, avec beaucoup de mentions enregistrées. Vous aviez déclaré que les résultats de ces examens-là ont été truqués. Sur quoi vous êtes-vous fondé pour tenir de tels propos ?

Les résultats enregistrés au Bac cette année ne reflètent pas le niveau réel des apprenants. À la vérité, après avoir élagué certaines parties du programme, sauf en mathématiques, à travers une note circulaire du ministre de l’Éducation nationale signée le 22 Juin, les épreuves ont été allégées comparées à celles des années précédentes. Tous les arguments avancés par Le ministère de l’Education et l’Office du Bac pour expliquer ces résultats inédits au Sénégal sont tirés par les cheveux. Depuis 1960, aucune génération d’élèves n’a fait mieux que celle-ci. Ils ont battu tous les records d’excellence. Malgré les tentatives de l’Office du Bac de minorer les performances exceptionnelles réalisées par cette génération, le taux de réussite va pour la première fois de notre histoire franchir le cap des 50%. Et la première conclusion qu’on peut en tirer est que les semaines de grève notées cette année, la fermeture des établissements pendant 3 mois et demi à cause de la Covid-19 n’ont eu, apparemment, aucune répercussion sur notre système d’enseignement. C’est ce que révèlent les chiffres en tout cas. En d’autres termes, les statistiques nous renseignent que la pandémie du coronavirus n’a pas impacté l’école sénégalaise. De qui se moque-t-on finalement ? Il suffit de jeter un coup d’œil sur les taux de réussite des 10 dernières années pour se rendre compte de la grossièreté de la supercherie : 2010 (42,2%), 2011 (38,4%), 2012 (38,2%), 2013 (38,5%), 2014 (31,8%), 2015 (31,3%), 2016 (36,5%), 2017 (31,7%), 2018 (35,9%), 2019 (37,6%). Au demeurant, il me plait de demander au Directeur de la Formation et de la communication de même que mes camarades syndicalistes développant une adversité insensée à mon endroit, d’arrêter de faire dans l’amalgame. Ils savent tous pertinemment que je n’ai nulle part accusé les enseignants craie-en-main encore moins insulté ces derniers dans mes prises de positions sur les résultats des examens. Il en est de même des élèves qui ne sont ni de près ni de loin mêlés à ce qui s’est passé. Comment peuvent-ils affirmer que tous les sujets étaient déjà finalisés au mois de mars alors qu’à la veille de la reprise du 25 juin, exactement le 22 juin, le ministre de l’Education nationale a signé une note circulaire instruisant les inspecteurs d’académie et les inspections de l’Education et de la Formation de procéder à l’élimination de certaines parties des programmes à enseigner ? En termes clairs, même au cas où les sujets étaient déjà ficelés en mars, il aurait fallu les amender pour se conformer aux recommandations de la tutelle. Et profitant de cette belle opportunité, les standards ont été rabaissés, dans l’optique de produire des épreuves à la carte.

Est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu un complot entre l’État, l’Office du bac et certains Syndicalistes ?
Il n’y a aucun rapport entre les syndicats et l’Office du bac. Par contre, le Directeur de l’Office du Bac qui est nommé par le président de la République et qui est le coordonnateur de l’organisation technique et pédagogique de l’examen est dans une station d’influence en rapport direct avec les Igef (Inspecteurs Généraux de l’éducation et de la Formation) qui valident les épreuves. J’ai l’intime conviction qu’après la note circulaire du ministre de l’Education datée du 22 juin 2020, les épreuves ont été allégées en sus du réajustement des contenus demandés par la tutelle.


Vous avez dit tantôt que les résultats enregistrés au Bac cette année ne reflètent pas le niveau réel des apprenants. Quel pourrait être les conséquences de cette situation, alors ?

Les conséquences sont multiples. Cette génération d’élèves est sacrifiée et les répercussions auront lieu dans tous les domaines de la vie de notre chère Nation. D’ailleurs, la plupart auront du mal à poursuivre les études supérieures qui les attendent. Jouer avec son système éducatif, c’est jouer avec l’avenir de son pays. La force du Sénégal a toujours été la qualité de ses Ressources humaines. Le sabotage des examens du Cfee, du Bfem et du Bac cette année va asséner un coup de grâce à notre école qui était déjà plongée dans une très profonde crise. Dans un futur proche, cela va se ressentir dans tous les secteurs, notamment l’économie. Car, l’école est le socle du développement. En outre, nos universités n’ont pas les capacités d’accueil nécessaires pour recevoir ces nouveaux bacheliers. Bref, beaucoup d’incertitudes planent sur la gestion de cette situation à laquelle notre pays n’est pas préparé.



On a aussi vu que vous êtes à couteaux tirés avec votre collègue syndicaliste Saourou Sène, Secrétaire général du Saemss. Qu’est-ce qui est à l’origine de votre mésentente ?

Très sincèrement, mon parcours syndical et mon expérience ne m’autorisent pas à cultiver une certaine animosité avec lui. Cela ne m’aurait pas grandi. Je ne souhaite que du bien au Saemss pour avoir consenti beaucoup de sacrifices à son rayonnement. C’est au sortir de la grève de faim de décembre 1998 à l’Ecole normale supérieure devenue aujourd’hui Fastef, où j’étais le seul stagiaire parmi les 40 grévistes allongés dans la salle de la Cafétéria de ladite structure, que l’idée de création du Saemss fut née. À l’époque, l’actuel Secrétaire général du Saemss était encore étudiant à l’université. De 2004 à 2009, professeur au Lycée Seydina Limamoulaye de Dakar, j’ai occupé le poste de Chargé des revendications du Saemss, membre du Bureau national, aux côtés du très charismatique premier Secrétaire général national du Saemss Mbaye Fall Lèye. D’ailleurs, au vu de toutes les réactions des collègues engendrées par ce fameux débat, j’ai regretté d’avoir répondu à ses attaques contre moi. Ce n’est pas mon rôle. Dans le contexte actuel, je dois plutôt m’atteler à jeter les bases de l’unité de tous les syndicats d’enseignants. Et par ricochet, de tous les enseignants du Sénégal afin de contraindre le gouvernement à enfin respecter tous les engagements souscrits dans le protocole d’accords du 17 février 2014. À ce titre, je lance un appel à tous les syndicats membres du G20, du G7 et des non-inscrits à faire preuve de dépassement et à taire nos divergences pour l’intérêt supérieur des enseignants. Aucun d’entre nous ne doit perdre de vue qu’il faut impérativement une synergie des forces pour exiger du gouvernement la fin des lenteurs administratives délibérées ; l’accélération des rappels ; la fin des surimpositions de nos revenus ; la mise en position de stage sans délai de tous les enseignants concernés ; l’affectation de tous les sortants de la promotion 2013 avant la rentrée de Novembre prochain ; la création, avant la fin de l’année 2020, du corps des Professeurs de Collège d’enseignement moyen général (Pcmg) en Education physique et sportive (Eps) qui passera inéluctablement par la signature des deux décrets injustement en attente, le dégel immédiat des Prêts Dmc, l’ouverture de négociations sérieuses sur le système de rémunération entre autres… 

Dakaractu

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