Fouta, une jeunesse à la dérive par: Ibrahima Mamadou Diop

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A-t-on coutume de dire que « l’avenir d’un pays dépend de sa jeunesse ». Ainsi, la meilleure façon de prédire l’avenir d’un pays avec certitude est de chercher à connaitre sa jeunesse. Me Abdoulaye Wade abonde dans le même sens, dans son livre intitulé, un destin pour l’Afrique, 2005, p 52 « dis-moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quel peuple tu seras ».

A regarder les informations défiler à la longueur de la journée sur les différents supports médiatiques utilisés aujourd’hui par la jeunesse du Fouta, on ne peut manquer d’être envahi par un sentiment, celui du désespoir ; un questionnement : le Fouta aura-t-il un lendemain meilleur ?

Partout au Fouta, la misère et la désolation règnent : le chômage, la famine, la pauvreté, la mortalité infantile et maternelle avec leur corollaire l’immigration irrégulière, les exodes ruraux sans oublier l’état désastreux des routes. Les images de tous les jours concordent cette triste réalité.  Au commencement de ce mal, un système, celui basé sur le clientélisme politique, le népotisme, la corruption, l’absence de vision politique et de volonté politique de ses leaders.

Devant ces calamités, la jeunesse était et est toujours interpellée. Toutefois, deux attitudes alternatives s’imposent à elle.

La première est l’acceptation. Cette attitude consiste à estimer que les problèmes sont des catastrophes, des caprices de la nature qui échappent à l’homme, et elle attend que la nature soit un jour plus clémente.

La deuxième attitude est le refus, la résistance. Celle-ci consiste à considérer que tout problème a une solution, et donc à regarder en face les problèmes et de faire front dans une attitude volontariste et rationnelle. La jeunesse du Fouta amajoritairement et délibérément opté pour la première attitude.

A partir de ce temps-là, elle est indisponible par conséquent elle ne s’investira jamais dans des combats pour soutenir des individus qui ne se soucient pas de ses préoccupations. Or, une société qui a un avenir certain est celle-là où la Jeunesse est disponible. Elle est devant tous les mouvements dont la finalité est le salut du peuple. La Jeunesse est la couche qui est prête à faire le sacrifice que le bonheur commun exige, quelle que soit la nature du sacrifice. Elle s’acharne et combat tout acte compromettant le bien-être du peuple quel que soit son auteur. Elle a des revendications dépassant celles matérielles. Malheureusement les revendications de certains denos jeunes ne sont jamais désintéressées. Elles sont souvent opportunistes et égoïstes. C’est pourquoi notre Jeunesse n’est pas constante et cohérente. D’où ses changements incessants de robes, de vestes. Il est monnaie courante au Fouta de voir les Jeunes combattre bec et ongle tel ou tel homme politiqueavant de le rejoindre finalement soit pour soutenir sa candidature à une élection ou devenir son conseiller sans que les politiques qu’ils dénonçaient ne connaissent d’évolutions positives. Quelle incohérence et inconstance ! Ce comportement de certains jeunes du Fouta ne fait pas honneur à la mémoire de Thierno Souleymane Baal, de Mamadou Dia ainsi que tant d’autres érudits du Fouta. Les jeunes du Fouta doivent s’inspirer des jeunes desautres régions qui servent de bel exemple de résistance et de refus, en faisant barrage aux politiques mafieuses notamment la Jeunesse de Diourbel, la Jeunesse de Thiès, la Jeunesse de Ziguinchor.

Cette attitude témoigne que la Jeunesse du Fouta n’est pas disponible. L’engagement de la Jeunesse a plus d’importance que l’aide au développement pour un pays car si celle-ci n’a pas de valeur indubitable, la disponibilité a une valeur certaine.

Plus, la Jeunesse du Fouta est coopérante, plus elle soutientceux-là qui lui volent son rêve et détruisent son avenir. Cela est constatable par son soutien à un certain nombre de projets, qui, ne contribuent en rien, à un lendemain meilleur pour le Fouta, celui-là même qu’elle doit défendre contre vent et marrée. Comment peut-on concevoir que la Jeunesse qui doit défendre l’avenir du pays puisse soutenir des leaders mesquins et opportunistes dont la seule préoccupation est la famille et moi. Des leaders qui trahissent la confiance  de la population du Fouta malgré tous les sacrifices qu’elle a consentis pour réélection de Macky Sall. Et pourtant, les organisations juvéniles du Fouta les ont généreusement soutenus au nom de l’intérêt personnel.

Certains jeunes du Fouta persistent toujours à s’en donner aux pratiques révolues. Aujourd’hui, il y a des valeurs dont les manifestations peuvent varier d’un milieu à un autre. Cependant, elles sont admises par tous et dans tous les milieux. L’une de ces valeurs est la démocratie. A l’heure actuelle, lorsqu’il y a une élection entre les jeunes, les verdicts des urnes ne sont jamais partagés par les différentes parties. Au-delà, aux prochaines échéances électorales encore dans notre contrée pour élire des représentants de nos localités respectives faudrait-il encore beaucoup  plus d’armes par destination et d’armes par nature pour pouvoir régner. Ce qui montre et démontre que les règles d’accès moderne ne sont pas encore acceptées par nos leaders. Quel archaïsme ! Cela serait justifié par l’absence de conscience civique.

Face à ces dilemmes des fausses solutions sont adoptées par les autorités locales. La Jeunesse après avoir vu ses rêves et ses espoirs confisqués par des mauvaises politiques, le pouvoir politique la laisse en proie à tous les doutes, par conséquent les musiciens, les humoristes deviennent des réponses à son malheur. La réponse à laquelle la jeunesse désespérée a de plus en plus recours. Ils font de l’organisation des rencontres régionales et nationales un moyen pour sensibiliser et conscientiser les jeunes. Ces solutions ne sont que des taureaux fertiles aux danses et des défiler de modes. Ces activités destinées à endiguer les comportements antipatriotiques des jeunes ne favorisent que des perversions de tout acabit. Une autre fausse solution est la création des organisations officielles juvéniles pour embrigader la jeunesse. Celle-ci ne vise qu’à étouffer la pluralité d’expression et d’idées.

A notre avis, aujourd’hui la jeunesse du Fouta, doit plus que jamais briser toutes les chaînes de servitude pour retrouver sa pleine liberté. Elle doit faire preuve de liberté et de l’absence de complexe qui prouvent avec force ses aspirations pour le changement. La jeunesse doit être solidaire, progressiste et panafricaniste, résolument engagée dans la construction d’un futur commun meilleur pour le Fouta. La jeunesse doit refuser la désertion, parce que son avenir est à construire sur cette terre Sénégalaise et dans la lutte. Elle ne doit pas céder à la politique de diviser pour mieux régner. Seul l’engagement citoyen et patriotique de tous les jeunes nous permettra de bâtir un Fouta nouveau à la hauteur de nos rêves et ambitions. La jeunesse ne doit attendre son salut que d’elle-même. Elle doit marcher de manière résolue vers le changement et garder un esprit profondément révolutionnaire pour développer la rupture radicale qui transformera les conditions économiques, sociales, culturelles et environnementales du Fouta. La jeunesse ne peut plus se contenter à la contestation circonstancielle et opportuniste. Elle doit agir et oser inventer des voies nouvelles. Comme dit Gramsci : « Un sceptique n’a pas le courage nécessaire pour l’action. » Alors que, c’est l’action seule qui libère les peuples opprimés. Il est donc temps que la jeunesse du Fouta trouve son propre motif d’indignation pour agir et refuser de rester de simples spectateurs.

Senkabaru