La journée nationale de l’élevage ou la journée nulle et des excès*

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Le 28 novembre 2019, s’est tenue à Kaël dans le département  de Mbacké, en zone tampon entre les agriculteurs du baol et les éleveurs du Ferlo, la journée nationale de l’élevage, sixième édition du genre.

Cette année la thématique des cultures  fourragères était au menu. Avec la présence du chef de l’Etat qui l’a institué par décret N°2014-164 du 17 février 2014. Une bonne audience, alors pour donner un coup de fouet substantiel à l’aliment grossier du cheptel. Hélas, la montagne a une fois de plus accouché d’une souris. Cette fois-ci encore, les populations sont endolories, anesthésiées puis endormies par une race de politiciens. Pour rappel, voici l’historique des jne.

29 décembre 2014 : fatick : thème : élevage, levier d’émergence socioéconomique

26 novembre 2015 : Dolly : Thème : autosuffisance en moutons

08décembre 2016 : Ndioum : financement du secteur de l’élevage

23 décembre 2017 : Kolda : Stratégies pour l’éradication du vol de bétail

06 décembre 2018 : ranérou : théme : éradication de la peste des petits ruminants

28 novembre 2019 : Kaël : cultures fourragères et amélioration génétique du cheptel

La première remarque que nous faisons est que malgré l’institutionnalisation de la journée, seule la date de 2015 fut respectée. Nous pouvons alors librement dire que nous ne sommes plus à la journée nationale de l’élevage, mais à une journée de rencontre des acteurs de l’élevage avec un homme politique nommé Macky Sall. La date est importante parce que figurant dans un décret présidentiel !Même si la notion de temps importe peu au Sénégal, aussi bien au sommet qu’à la base.

Par rapport au contenu de ces journées, il est désolant de remarquer qu’elles sont toutes vides de sens. Un seul format est déroulé depuis six ans, sans aucun résultat visible. Il nous est permis de douter même de la sincérité des évaluations de ces journées. La principale évaluation devait être faite en rapport avec le thème retenu et non en termes de réussite ou d’échec quant à la participation. Seuls les éleveurs sont perdants car il n’y a aucun suivi des engagements. Il est légitime alors de se poser la question de savoir en quoi les conclusions de la journée de Ndioum ont apporté au secteur de l’élevage en termes d’accessibilité au crédit agricole aux éleveurs, en termes de mécanismes concrètement mis en place pour favoriser un financement adéquat aux activités d’élevage. Mais, non, ici, on se contente de dire que la journée a été une réussite parce que tout simplement le président a promis de rehausser le FONSTAB, a promis de se lancer dans l’élevage. Jusqu’ici, les  rares réalisationsdans le domaine des cultures fourragères, très sporadiques dans leur répartition spatiale et très faiblement significatives par rapport à la demande sont réalisées par  des organisations paysannes soutenues par des ONG ou des particuliers businessmen en quête de rentrées d’argent. Cette remarque est valable pour toutes les six journées.

Monsieur le Président, cessez d’endormir la populationen tirant sur leur fibre émotionnelle. Concentrez-vos forces à mettre en application et à faire appliquer votre administration les conclusions des commissions scientifiques de ces journées. La disponibilité du fourrage dépend en grande partie de l’effort des pouvoirs publics à mettre en place un schéma cohérent avec les facteurs nécessaires et à veiller au respect des engagements de toutes les parties prenantes. Si réellement, vous êtes convaincus que les cultures fourragères sont une solution à la problématique de l’alimentation du cheptel, attelez-vous, à l’instar du mécanisme de disponibilisation de la semence arachidière, à faire parvenir les boutures de maralfalfa aux jeunes et femmes éleveurs, puisqu’ils sont la cible prioritaire. Donnez-leur l’eau suffisante et la sécurité nécessaire. Protégez-les et primez les meilleurs. Organisez plus de journées de récompense que de promesses !

Pour Kaël, l’ambiance a été belle. Mais la déception de tous ces jeunes éleveurs est encore perceptible et elle prendra fin peut-être au prochain concert national sur l’élevage. En attendant, donnez-nous des seaux pour recueillir nos larmes et arroser nos petites parcelles fourragères.

Aliou BA ingénieur amenagiste et éleveur

Tel : 77 445 12 96

baaliouhampate@gmail.com