Mamoudou Ibra Kane : “Entre le mandat et le mandat, le Peuple a choisi” (Audio)

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Il ne restait qu’un stade pour abriter le « match ». Léopold Sédar Senghor aurait été le cadre idéal pour départager le M2D et le M23, à l’occasion du dixième anniversaire de la journée du « 23 juin 2011 ». Mais, le stade de l’Amitié, de son ancien nom, est incapable d’accueillir un quelconque jeu parce qu’impraticable. Comme pour déjouer les belliqueux, « Amitié » s’est refusé d’être le théâtre de l’inimitié entre les acteurs. Se retrouver tout d’un coup avec des infrastructures sportives presque toutes dans un piteux état, cela interpelle. Le conseil présidentiel annoncé s’y penchera. Au préalable, il faudra bien qu’on nous dise comment on en est arrivé là.

Quand il n’y a plus d’aires de jeu, il ne reste plus que l’antijeu. D’où l’inévitable confrontation. Il faut se réjouir cependant, pour une fois, qu’il n’y ait pas eu d’effusion de sang. La paix a été au rendez-vous et c’est là l’essentiel. Victoire de la démocratie ? Certains ont vite fait de l’affirmer. Seulement il est permis d’en douter. Les 14 morts de mars 2021 et les 15 morts de 2011-2012 sont de sinistres scores. Et ils sont de sinistre mémoire. 14 ou 15 « morts à zéro » : le tableau d’affichage est rouge sang. Dans ce pays, si on ne marche pas sur des cadavres pour arriver au pouvoir selon la formule des politiciens, on y fait quand même des sauts de cabri. Carton jaune. Le rouge, la prochaine fois !

23 juin 2021. Où est le Peuple ? Qui a vu le Peuple ? On aura beau le chercher, on n’y arrivera pas. Il est introuvable. En tout cas, mercredi, le Peuple n’était ni place de la Nation où se rassemblait le M23 ou ce qu’il en reste, ni place Hlm Grand Yoff qu’occupait le M2D. Le Peuple était absent parce qu’il n’était pas concerné. La majorité silencieuse a préféré vaquer à ses occupations en attendant le Grand rendez-vous pour faire le job. Son travail, personne ne le lui apprend désormais. Quelle pertinence d’ailleurs à vouloir coûte que coûte trancher une question qui ne se pose pas ou qui ne se posera que presque dans trois ans ? Certes, le vicieux débat, déjà vicié sur « le troisième mandat » ou « la troisième candidature » est avant tout le fait du camp présidentiel. Comble de maladresse et de paradoxe ! Mais également, chercher à en faire l’agenda du pays du côté de l’opposition n’est pas moins incompréhensible.

Chaque chose a son temps. En saison des pluies comme en saison sèche. Laissons aux autres l’hiver et le printemps. En plus, une révolution n’est jamais permanente, si tant est que le 23 juin 2011 en fut une. Une révolution opère une rupture. Elle est un moment précis dans le temps long. Donc il ne faut pas chercher à la répéter à l’infini. Car, à l’image de l’histoire, la première fois comme une tragédie et la seconde comme une farce. Mercredi justement, entre place de la Nation et place Hlm Grand-Yoff, on n’était pas loin du vaudeville tant le spectacle était quelconque. Des deux bords il y avait en même temps usurpation de fonction et confusion de rôle.

L’indifférence affichée par les Sénégalais à la commémoration de la « Journée du 23 juin » en est la preuve. Et cette indifférence a bien une explication. Il n’est point besoin de faire un sondage pour savoir que le raffut fait autour du « ni oui ni non » présidentiel n’est pas un slogan mobilisateur. Du moins, pas encore. Le temps, encore le temps. Pour l’instant, les masses laborieuses, expression favorite des gauchistes, ont d’autres chats à fouetter. « Le Mandat », toujours attendu d’Ousmane Sembène paye à peine un sac de riz. Le célèbre cinéaste mourait le 9 juin 2007. Riz, viande, poisson, huile, lait, sucre… Sondez les ménages, ils vous diront que les prix des denrées de première nécessité ont encore flambé. Entre le mandat et le mandat, le Peuple a choisi.